Au Nebraska, Facebook transmet à la police les messages privés d’une jeune fille suspectée d’avortement illégal

Facebook a livré à la police les échanges privés d’une adolescente qui aurait eu recours à une IVG après le délai légal. Les internautes se mettent vent debout contre cette sombre affaire, en soutien à la jeune femme.

Si vous avez eu l’occasion de traîner ces derniers jours sur les réseaux sociaux, et plus particulièrement sur le maître des hashtags, Twitter, vous avez alors peut-être vu émerger un #DeleteFacebook, traduisez « Supprimez Facebook », lancé depuis les États-Unis, avec un écho jusqu’en Europe et en France. Le groupe Meta, maison mère de Facebook, se voit reprocher d’avoir fourni à la police des conversations privées de l’une de ses membres pour mener à bien une enquête diligentée après un avortement supposé illégal.

Les données privées des deux femmes mises en cause transmises à la police par Facebook

L’enquête menée par la police du Nebraska porte sur Celeste Burgess, une adolescente de 17 ans, et sur sa maman Jessica, toutes les deux poursuivies du fait que l’IVG est, dans cet État historiquement républicain, interdite à partir de vingt semaines après la fécondation.

Les autorités américaines reprochent à la jeune femme d’avoir ingéré une pilule au-delà de ce délai légal. Elle aurait ensuite, avec l’aide de sa mère, enterré le fœtus. Les faits sont pris très au sérieux, et Celeste est officiellement poursuivie avec comme chefs d’accusation « dissimulation de la mort d’une autre personne », « dissimulation ou abandon d’un corps humain » ainsi que « fausse déclaration ». Ceux-ci sonnent bien aux oreilles des défenseurs de l’interdiction de l’avortement qui touche plus largement encore certains États américains. La maman, elle, doit répondre des chefs d’accusation de « dissimulation d’un corps humain » et « pratique d’un avortement par un médecin non agréé ».

Si l’affaire a pris une telle ampleur, quasi planétaire, c’est parce que Facebook a contribué, sous contrainte judiciaire certes, à la perquisition des téléphones et ordinateurs du duo mis en cause. Il a pour cela fourni à la police les échanges privés de Celeste et Jessica Burgess.

Facebook a-t-il trahi la confiance de ses utilisateurs ?

Le hashtag #DeleteFacebook, qui avait émergé en marge de la décision de la Cour suprême de laisser à chaque État la liberté de légiférer sur le devenir de l’IVG, a donc ressurgi cette semaine. Il faut dire que Facebook avait affirmé bannir de son réseau social tous les utilisateurs qui posteraient des messages visant à contourner la loi.

En revanche, et voilà ce qui contribue sans doute à la nouvelle colère des internautes envers la plateforme phare du groupe Meta, ce dernier maintenait le doute quant à une potentielle transmission à la police et aux autorités judiciaires des échanges privés entre utilisateurs. Mais l’ouverture d’une enquête contre Celeste et Jessica Burgess instaure évidemment le doute, et les militants qui soutiennent le droit à l’avortement craignent désormais que la collaboration de Facebook avec les autorités deviennent une norme.

Facebook, de son côté, affirme par le biais de son porte-parole Andy Stone que « rien, dans les mandats valides que nous avons reçus des forces de l’ordre locales début juin avant la décision de la Cour suprême, ne mentionnait l’avortement ». Mais le mal est fait, et la réputation du réseau social au pouce levé en prend (de nouveau) un coup.

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